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Critiques

Sur l'éducation et les difficultés d'intéresser les élèves au latin.

Sur l'éducation à domicile. <<De petits messieurs élevés délicatement dans la maison paternelle par un précepteur qu'on décorera bientôt du titre de gouverneur, croyant savoir tout ce qu'on a voulu leur enseigner, et mesurant leur importance au prix qu'a coûté leur éducation, sauront-ils voir leurs égaux dans des citoyens écoliers d'un collège défectueux et fréquenté seulement par les gens les plus pauvres ?>>

Horace-Bénédict de Saussure prévoit déjà un moindre intérêt pour le latin. Pour y remédier il propose. <<On ne leur donnera pas plus le choix entre le latin et ces études (Horace-Bénédict de Saussure parle ici des sciences, plus attractives déjà), qu'on ne leur donne entre le collège et le billard. Et, bien loin que ces occupations agréables nuisent aux autres occupations, on pourra s'en servir pour les encourager à celles qui leur plaisent moins, en réglant, par exemple, tous les rangs du collège pour le latin et en donnant les premières et les meilleures places pour voir les dessins à ceux qui apprendront le mieux leur latin. On pourrait aussi donner des prix plus considérables pour le latin que pour les autres études, des médailles d'or, par exemple, tandis que les autres n'en auraient que d'argent.>>

Horace-Bénédict de Saussure est obligé de défendre ses idées.

Horace-Bénédict de Saussure est contraint de préciser sa pensée et rédige: <<l'Eclaircissement sur ce que j'ai dit du Collège actuel>>.

On lui reproche de <<former des gens du monde, des agréables, des superficiels>>.

Il répond. <<Dans une ville de 25'000 âmes, il est impossible que tout le monde gouverne, prêche, négocie ou travaille, et qu'un bon citoyen qui, vivant paisiblement à l'ombre des lois, soigne ses affaires, élève bien sa famille, sert ses amis au besoin et donne le reste de son temps à des plaisirs honnêtes, n'est point un homme nuisible à l'Etat.>>

Autre critique. <<Laissez donc notre ancien Collège nous donner des littérateurs, que les gens du monde et les négociants élèvent leurs enfants chez eux et que les artisans se forment dans les ateliers>>.

Si Horace-Bénédict de Saussure a voulu que les gens du monde étudient avec leurs concitoyens pauvres, c'est pour <<qu'ils apprennent à estimer et à respecter ceux d'entre eux qui auraient des talents et des vertus.>>

Accusé de superficialité, il répond. <<Toutes les sciences, même les plus abstraites et les plus difficiles, renferment des vérités tout à la fois claires et utiles qui peuvent être mises à la portée d'une intelligence médiocre. Les travaux des plus grands astronomes aidés de la plus sublime géométrie doivent enfin aboutir à des almanachs utiles et intelligibles au plus grossier paysan, et à des tables marines dont tout matelot intelligent puisse faire usage. Ne peut-on pas se servir d'une lunette sans être un Galilée ?>>

Horace-Bénédict de Saussure relève encore la nécessité d'approfondir les connaissances des arts dans une ville d'artisans horlogers, d'indienneurs. Les études doivent être rentables et adaptées aux besoins de l'économie.

Horace-Bénédict de Saussure est convaincu qu'on ne peut pas choisir le destin professionnel de ses enfants. <<Ce ne sont ni mes préjugés, ni mes convenances qui doivent décider du sort de mon fils. cette décision doit être le résultat de ses talents et de ses dispositions qui me sont encore inconnues>>.

En homme de son époque, Horace-Bénédict de Saussure n'est pas sûr qu'il faille instruire le peuple. <<Le seul doute qui me reste à dissiper, c'est si l'instruction que l'on recevrait au Collège ne serait pas nuisible aux manoeuvres, aux artisans des bas ordres>>.

Ce doute est dissipé et Horace-Bénédict de Saussure affirme qu'on peut sans danger instruire le peuple pour adoucir les moeurs. <<Si l'entendement n'est point du tout formé, si la raison n'est nullement exercée, les principes de religion et de morale seront bien aisément pervertis par les séductions de toute espèce, ou étouffés par les passions>> et <<Que les leçons de la religion et de la morale et la connaissance des lois qui concernent le peuple lui enseignent à connaître ses droits, mais lui inculquent en même temps ses obligations et ses devoirs et lui fasse sentir la nécessité du travail>>.

Horace-Bénédict de Saussure déplore la mollesse et la nonchalance des institutions politiques. <<Les bons esprits n'obtiennent rien là où ceux qui gouvernent sont intéressés à l'aveuglement de ceux qui sont gouvernés>>.

Bien qu'il pense que la politique n'est pas bonne à introduire partout. <<S'il existe un peuple heureux, sagement gouverné, et qui ne s'occupe point de son gouvernement, n'allais pas le troubler par une prévoyance excessive, ne lui donnais pas une inquiétude dangereuse, et qu'il dorme sur l'une et l'autre oreille en ignorant jusqu'au nom de la Politique>>.

Il prévoit, pour une République évoluée comme Genève, une autre éducation. <<Dans les Républiques où les lois ne distinguent aucune condition, où elles donnent à tous les citoyens des droits égaux et un accès égal à toutes les vocations, l'éducation doit être égale et commune, elle doit présenter à tous les citoyens des droits égaux et un accès égal à toutes les vocations, l'éducation doit être égale et commune, elle doit présenter à tous les connaissances utiles à toutes les vocations afin que les talents seuls en décident>>.



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Jean-Bernard ROUX
Collège de Saussure
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