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Le Collège au temps de Calvin (XVIe siècle)

Les matières enseignées.

Examinons maintenant un peu les programmes et les horaires d'après l'Ordre du Collège, ce tout premier programme, élaboré par Calvin et Théodore de Bèze en 1559 et qui va rester en vigueur pendant fort longtemps.

Etant l'unique établissement primaire et secondaire de la cité, le Collège compte donc plus de degrés qu'aujourd'hui, neuf au lieu de sept, divisés en trois basses classes et six classes supérieures. De la 9e à la 7e, c'est-à-dire de 7 à 9 ans, on apprenait tout bonnement à lire et écrire - mais en français et en latin. Et aussi... à tailler les plumes d'oies. Il y avait un examen de taille, assez sévère. En 6e (10 ans) on commençait les rudiments des déclinaisons et des conjugaisons <<en la plus grande simplicité que faire se pourra>>, dit l'Ordre du Collège et on apprenait le catéchisme. En 5e (11 ans), on se lance dans la syntaxe, d'après les Bucoliques de Virgile et les enfants apprennent <<petit à petit à s'exercer à écrire et à composer>> en latin évidemment. En 4e (12 ans et c'est l'âge où l'on entre au Collège aujourd'hui) <<on montre les préceptes de la syntaxe en leur perfection>> d'après les épîtres de Cicéron, Cornelius Nepos, Ovide, Phèdre, etc. On s'initie au thème latin, à l'accentuation latine, et surtout on commence le grec. En 3e (13 ans) <<on enseigne la grammaire d'une façon plus exquise, tellement que les enfants observent soigneusement les règles des deux langues et exercent leur style par tour>>. Auteurs. l'Enéide, les Commentaires, le De Amicilia et le De Senectute. En 2e (14 ans) commence l'histoire en latin avec Tite-Live, en grec avec Polybe et Xénophon. On lit le Nouveau Testament grec dans l'Evangile selon Luc, le samedi de 3 à 4, et Homère <<de jour à autre>>, c'est-à-dire de temps en temps. En première enfin (15 ans), on aborde les débuts de la Rhétorique et principalement <<Ceux qui appartiennent à bien orner et parer le langage>>, c'est-à-dire (je cite toujours l'Ordre du Collège) <<qu'on ajoute ici aux rudiments dialectiques ce que la science porte des predicamens, catégories, topiques et clenches; et qu'on choisisse pour ce faire quelque abrégé bien troussé>>. On étudie à cet effet Démosthène et Cicéron. Et deux fois par mois, le mercredi après-midi, il y a exercice de déclamation.

Et alors, direz-vous. Et l'allemand ? Et les mathématiques ? Et la géographie ? Et la physique et la chimie ? Et le dessin ? Et la gym ? C'est bien simple, on n'en faisait pas. Pour l'allemand on envoyait de temps en temps les meilleurs élèves outre-Sarine - et cela se terminait généralement par un désastre. La physique était matière d'Académie, non de Collège. Les mathématiques et la géographie ne seront enseignées que depuis le début du XIXe siècle, le dessin depuis 1848, la gym, depuis 1872. Et cela se comprend en partie, car le Collège de l'Ancien Régime devait avant tout préparer des pasteurs, des juristes et des magistrats; les sciences, alors peu développées, ne faisaient pas partie du bagage d'un honnête homme, c'est-à-dire d'un homme instruit sans être un spécialiste.

Extraits de P. Geisendorf <<La vie quotidienne au temps de l'Escalade>>, Genève, 1952.



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Jean-Bernard ROUX
Collège de Saussure
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