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Narration d'Horace-Bénédict de Saussure

Horace-Bénédict de Saussure décrit les tentatives d'ascension du Mont-Blanc:

CHAPITRE LII

Histoire des tentatives que l'on a faites pour parvenir à la cime du Mont-Blanc

Premiers essais. §. 1102. Lorsque j'écrivois le discours préliminaire et la première partie de cet ouvrage, j'envisageois la cime du Mont-Blanc comme absolument inaccessible. Dans mes premières courses à Chamouni, en 1760 et 1761, j'avois fait publier dans toutes les paroisses de la vallée que je donnerois une récompense assez considérable à ceux qui trouveroient une route praticable pour y parvenir. J'avois même promis de payer les journées de ceux qui feroient des tentatives infructueuses. Ces promesses n'aboutirent à rien. Pierre Simon essaya une fois du côté du Tacul, une autre fois du côté du glacier des Buissons, et revint sans aucune espérance de succès.

Tentatives de 1775. §. 1103. Cependant quinze ans après, c'est-à-dire, en 1775, quatre guides de Chamouni tentèrent d'y parvenir par la montagne de La Côte. Cette montagne, qui forme une arrête à peu près parallèle au glacier des Buissons, va aboutir à des glaces et à des neiges qui continuent sans interruption jusqu'à la cime du Mont-Blanc. On a quelques difficultés à vaincre pour entrer sur ces glaces, et pour traverses les premières crevasses; mais ces premiers obstacles une fois surmontés, il semble qu'il ne reste plus que la longueur de la route, et la difficulté de faire dans une journée la montée et la descente. Ce dans un jour, parce que les gens du pays ne croient pas que l'on pût hasarder de passer la nuit sur ces neiges.

(I) Voyez la planche VI, dont voici l'explication.

Sous la lettre A est la cime de l'aiguille du Goûté.

La ligne ondoyante qui coupe cette aiguille, et répond horizontalement à la lettre H, marque le haut du plateau qui forme la base de l'aiguille.

La montagne située au-dessous de C est le commencement de la chaîne qui sépare la vallée de Chamouni des déserts de Pierre-ronde.

Notre cabane étoit située entre le pied de la base de l'aiguille et celui de cette chaîne. Sa place est déterminée par le concours de deux lignes tirées à angles droits des lettres E et D.

La lettre F répond au bas du glacier de Bionnaffay.

Sur la droite, la lettre G correspond à la chaîne des montagnes qui ferment au sud-est la vallée de Bionnaffay; et la cime couverte de neiges, que l'on voit plus haut vis-à-vis de B, est l'aiguille de la Rogne.

Planche II. Vue du Mont-Blanc et de la route par laquelle on a atteint sa cime. On voit au bas de la Planche la vallée de Chamouni, parcourue de D en E par la rivière d'Arve. Une ligne ponctuée indique la route que suivirent l'auteur et ses guides. Le bas de cette ligne se perd dans le glacier de Taconay, §. 1967. On voit qu'ensuite cette même ligne traverse l'arrête du rocher qui sépare le glacier de Taconay de celui des Buissons, 1970 et 1971.

L'astérisque placé au haut de cette arrête indique l'amas de blocs de granits où l'on passa la première nuit, §. 1972. Les hachures que traverse ensuite la ligne ponctuée, indiquent le glacier divisé par des crevasses, qui présentoient tant de fatigues et de dangers, §. 1972. Cette même ligne passe ensuite au pied de la chaîne des rocs isolés, §. 1974. L'astérisque placé auprès de cette chaîne indique la position de la cabane mal placée du §. 1976. L'astérisque placé plus haut, sous l'intervalle entre A et B, désigne la place où l'on passa la seconde nuit, §. 1982.

Enfin, la ligne ponctuée conduit à la cime; et l'on voit à gauche au-dessous de cette ligne, l'épaule et ce que nous nommons les escaliers du Mont-Blanc.

CHAPITRE VI

Thermomètre, hygromètre, électromètre, ébullition, et autres observations.

§. 2005. Pour déterminer la température de l'air qui doit entrer dans le calcul de la mesure des hauteurs par le baromètre, j'employai sur le Mont-Blanc, comme je le fais toujours, un petit thermomètre de mercure à boule isolée, suspendu à mon bâton et à son ombre, à 4 pieds au-dessus de la cime. A midi, ce thermomètre étoit à -2,3; mais au soleil, et dans la même position, un thermomètre semblable se tenoit d'un degré plus haut, ou à -1,3. A 2 heures de l'après-midi, celui à l'ombre vint à -2,5; mais celui au soleil n'avoit pas varié, il étoit toujours à -1,3.

Un troisième thermomètre semblable et dans la même position, mais dont j'avois noirci la boule avec du noir de fumée délayé dans de l'eau de gomme, se tenoit au soleil constamment à + 1,9.

§. 2006. Il souffloit un vent de Nord assez vif, qui rendoit le froid incommode sur le tranchant de la sommité; mais dès qu'on descendoit au-dessous de l'arrête, du côté du Midi, on jouissoit d'une température agréable. la plupart de mes guides dormoient ou se reposoient au soleil sur leurs sacs étendus sur la neige.

En effet, c'est une chose très remarquable, que sur toutes hautes cimes, dès qu'on st à l'abri de l'impression directe du vent, on ne le sent absolument plus. dans la plaine, au contraire, lors même que vous êtes défendu de l'action directe du vent, vous ne laissez pas que d'en ressentir des reflets ou des retours. (...)

CHAPITRE IV

Observations géologiques faites de la cime du Mont-Blanc.

Montagnes primitives, non par chaînes, mais par groupes. §. 1995. La première chose qui me frappa dans le spectacle de l'ensemble des hautes sommités que j'avois sous les yeux du haut de la plus élevée d'entre elles c'est l'espèce de désordre qui règne dans leur disposition.

Lorsque de nos plaines, ou même du haut des cimes voisines du Mont-Blanc, du Brevent, par exemple, ou du Cramont, on considère la chaîne dont le Mont-Blanc fait partie, il semble que tous ces colosses sont rangés sur une même ligne; et c'est de cette apparence que vient la dénomination de chaîne. Mais quand on les observe à vue d'oiseau, cette apparence trompeuse s'évanouit entièrement. A la vérité, les montagnes, surtout celles au Nord du Mont-Blanc, dans la Savoye et dans la Suisse, paroissent assez bien liées entre elles et former des espèces de chaînes. Mais les primitives ne se montrent point sous cette apparence; elles paroissent distribuées en grandes masses ou en groupes de formes variées et bizarres, détachés les uns des autres, ou qui du moins ne paroissent liés qu'accidentellement et sans aucune régularité.

Ainsi à l'Est, les aiguilles de Chamouni, les montagnes d'Argentière, des Courtes, du Tacul, dont les cimes découpées, mêlées de neige et de rochers, et séparées par des glaciers, présentent le plus magnifique spectacle, forment un groupe triangulaire presque détaché du Mont-Blanc, et qui ne tient à lui que par la base d'un étranglement.

CHAPITRE V Baromètre, thermomètre, calcul de la hauteur.

Désignation des baromètres employés. §. 2003. J'avois pris, pour ce voyage, trois baromètres portatifs. J'en laissai un à mon fils au Prieuré de Chamouni, au pied du Mont-Blanc, pour qu'il fit les observations, correspondantes et aux miennes et à celles que M. Senebier avoit bien voulu se charger de faire à Genève. Ce baromètre avoit été construit à Londres, par Hurter. Je fis porter les deux autres avec moi; j'en pris deux, afin qu'ils se contrôlassent réciproquement. Tous les deux avoient été construits par M. Paul. L'un, que je nomme le vieux, est parfaitement conforme à celui que M. De Luc a décrit dans son ouvrage sur les modifications de l'atmosphère. L'autre a été perfectionné, à divers égards, par M. Pictet.

En arrivant sur la cime, mon premier soin fut de sortir les deux baromètres de leurs étuis; je les suspendis à l'air et à l'ombre, pour que le mercure, renfermé dans le tube, et que le dos de l'homme, qui le porte, réchauffe au milieu plus qu'aux extrémité, prit partout à peu près la même température. Les observations dans lesquelles on néglige cette précaution, peuvent donner des erreurs assez considérables.

Je suspendis aussi les thermomètres en plein air, à 4 pieds au-dessus de la cime; l'un au soleil, l'autre à l'ombre du bâton auquel il étoit suspendu.

A midi, le vieux baromètre, posé à 3 pieds au-dessous de la cime, se trouva à 16 pouces et demi-ligne. (...)



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Jean-Bernard ROUX
Collège de Saussure
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