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Horace-Bénédict de Saussure est averti par sa femme de la prise de la Bastille

Mme de Saussure écrit une lettre à son mari, alors au Mont-Rose:

Genthod, Mardi 22/juillet 1789/à neuf heures

J'ai eu mille regrets, mon cher et bien aimé, mardi, de t'avoir mandé les mauvaises nouvelles du dernier courrier extraordinaire. Dimanche, on en reçu un autre. Les choses avaient bien changé de face. Mr. Necker partit donc le samedi. Le dimanche et le lundi on /..?../ ou distribua avec ordre les armes au peuple de Paris. Versailles était environné de troupes; il y en avait de campées au Champ de Mars. On ne sait encore bien positivement si la nouvelle d'un complot de la part de la Cour ou un mouvement de troupes royalistes portèrent le peuple de Paris vers la Bastille dans le dessein de d'emparer du canon. M. de Launais, le Gouverneur, eut la cruauté de laisser entrer 500 personnes dans les cours puis de faire lever les ponts et de tirer sur ces prisonniers. Le peuple furieux entra alors en foule dans la Bastille, M. de Launais et des /..?../ eurent la tête tranchée. On dit qu'on trouva sur eux des papiers qui excitèrent encore davantage la fureur du peuple. On démolit la Bastille et l'on fit une sortie pour attaque les troupes du Champ de Mars qui se replièrent auprès de Versailles. Les choses étaient dans cette extrémité lorsque M. de Noailles et de Liancourt instruisirent le Roi et lui dirent 'Sire, on vous trompe, tout est perdu si vous ne vous montrez à Paris'. On eut de la peine à résoudre le Roi et la Reine et M. d'Artois s'opposait encore à cette démarche. On dit que le Roi, outré, jetta un tabouret à la tête de son frère. Il se rendit enfin à l'Assemblée Nationale, et précédé de cent Membres de cette assemblée mais sans gardes, il se rendit à Paris à Notre-Dame, où il fut reçu avec un morne silence. Il dit qu'il reconnaissait qu'il avait fait de fausses démarches, qu'il venait sans défiance se remettre à sa Nation et qu'il demandait ce qu'on voulait de lui. Il y eut des discours sublimes, entre autres celui de M. Laly Tolendal. Enfin, on se /réunit/ à demander au Roi le renvoi de ses Troupes, le rappel des Anciens Ministres. Tout fut accordé. Les Courriers son sur les traces de M. Necker. On dit que le Comte d'Artois parti pour l'Espagne, M. de Breteuil l'est sûrement pour la Hollande. Les Polignacs sont aussi en fuite. M. Toulon est mort d'apoplexie ou, à ce que disent quelques lettres, s'est empoisonné. Enfin, on ne peut /..?../ une déroute plus complète que l'a été celle de la Cour ou au moins de la Cabale de cette odieuse Reine et de M. d'Artois. Une lettre parle d'un projet bien exécrable de leur parti: c'était de détruire dans un seul instant et dans celui où il comptait de se rendre maître de Paris les Députés qui composent l'Assemblée Nationale. Mais quel triomphe pour cette Nation! Tout Paris était au départ des Courriers dans l'ivresse de la joie. Voilà aussi une vraie gazette. Je n'en aime pas le style. Mais il faut bien /..?../ des énervements si étranges quand on est oppressé.

Tu juges bien, mon Ami, quel événement ce fut à Genève que l'arrivée de ce Courrier, comme toutes les Campagnes se versèrent dans la ville et la ville dans la Maison de Ville pour entendre ces lettres.

/..?../ on ne doute point que M. Necker ne consente à reprendre sa place. Elle est bien exposée, cette place, et j'aime mieux être à tous égard Mad. de Saussure que Mad. Necker et te savoir, quoiqu'il m'en coûte, sur les montagnes qu'au milieu d'une Cour si perfide. Au reste, le Roi a fait comme nos syndics: il a bu /..?../ avec son peuple. Pauvre Roi! /..?../

BPU, Ms de Saussure 237

Mme de Saussure écrit une autre lettre à son mari, toujours au Mont-Rose:

Genthod, mardi 4 août.

Ah! que je fus fâchée hier en ouvrant ta lettre de voir que tu n'avais pas reçu les miennes. J'écris tous les mercredis, les samedis , avec un régularité extrême, souvent d'avance de crainte des visites et des devoirs indispensables, comme aujourd'hui que nous sommes menacés que la Tante Turrettini vienne dîner et ce soir les Diodati vienne passer 2 ou trois jours. Il faudra être Dame de compagnie /..

Mon cher ami, quoique les prés de Macugnaga soient plus verts que nos gazons, je doute que le clair de lune y fasse un aussi bon effet qu'à Genthod. Il y est charmant; Dieu soit loué, nous verrons la Lune prochaine ensemble.

On eût hier la nouvelle de l'arrivée de M. Necker. Il arriva mercredi un peu après /../ à Versailles. On ne sait pas les détails de son entrevue avec le Roi. Il fut fort ému à l'Assemblée Nationale et parla fort bas. M. de Liancourt, et il s'est fait bien de l'honneur dans cette révolution. Je suis fort aise d'avoir dîné avec lui à la Boissière /../

On s'occupe dans les Assemblées de la Nation de réprimer les mouvements qui rendent les Nobles des Provinces victimes du peuple qui brûle les châteaux et met en fuite les Seigneurs.

/..../

Monsieur, mon cher adoré Mari. Bon Dieu, que je commence à trouver l'absence longue /../. Je ne t'ai jamais désiré plus vivement.

BPU, Ms de Saussure 237

HBS055

La maison de Saussure



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Jean-Bernard ROUX
Collège de Saussure
Messages à: Jean-Bernard Roux