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Chorégraphe en résidence - Le corps en mouvement à de Saussure

Message de la directrice - septembre 2008

Une matinée de cours comme les autres voici quelques mois et une heure de cours parmi
les 1640 données chaque semaine au collège de Saussure: il s'agit d'un cours de diction
auquel il m'est donné d'assister. Je m'attends à y trouver un travail sur l'expression, bien sûr,
celle des idées et des émotions, des états de conscience et des sentiments.

Ce qui me frappe pourtant immédiatement dans les activités proposées ce matin-là aux
élèves, c'est de voir convoquer avec insistance cette figure dont je comprends brusquement
qu'elle est un peu l'oubliée des études gymnasiales: le corps. Voilà que ce cours de diction
donne à voir et à comprendre que les élèves ont des idées, évidemment, qu'ils ne manquent
ni d'émotions, de sentiments, de vigueur ou d'imagination, certes: mais dans l'exercice qui
leur est demandé, leur corps cesse d'être le support implicite (et comme absent) de leurs
apprentissages et de leurs réflexions. Il devient ici premier, est mis, c'est le cas de le dire,
sur le devant de la scène et doit rassembler en lui toutes les dimensions de l'expression.

Ce dont témoignent les efforts des élèves dans cette leçon, c'est la difficulté qu'il y a à vivre
notre corps comme révélateur assumé de nos idées et de nos sentiments. Le corps est
comme lancé dans une aventure qui n'a rien à voir avec celle du corps sportif que les élèves
développent en cours d'éducation physique. Ici, il est le corps qui doit se manifester comme
interface expressive entre l'activité silencieuse de l'intérieur des êtres et le monde réel où
cette activité devient phénomène. En un mot les élèves sont gauches parce qu'il ne va pas
de soi d'assumer consciemment d'être ce que les autres voient, ils sont gauches comme si la
vie de leur corps, évidente pour peu qu'on la taise, faisait problème lorsqu'il s'agit de la
manifester au grand jour.

Qu'est-ce que le corps? Que peut-il? Que dit-il? Si nous n'habitons pas seulement notre
corps, sommes-nous notre corps? Et si oui, comment le sommes-nous? Quel rapport entre
la pensée et le mouvement? Entre le geste et l'émotion? Le corps peut-il tout exprimer?
C'est dire que, lorsque le Service Cantonal de la Culture, la ville de Lancy et l'Association
pour la Danse contemporaine (ADC) en collaboration avec danse plus - cellule de médiation
danse, viennent présenter leur projet de Chorégraphe en résidence à de Saussure, ils
trouvent un collège prêt à ouvrir ses portes. Depuis le 25 août, le concours est ouvert et
l'aventure a commencé.

Cette résidence, qui prendra effectivement place entre septembre et décembre 2009, de
Saussure l'attend comme une rencontre esthétique, c'est-à-dire une rencontre intellectuelle
et sensible. Parce qu'elle est l'art dont le corps est l'unique substrat, la danse a beaucoup à
apporter aux usagers, élèves et maîtres confondus, d'une filière gymnasiale où on se donne
en permanence les moyens de penser la vie dans toutes ses dimensions. Reprenons
l'exercice quant au corps, et expérimentons-en les dimensions. Les disciplines
traditionnellement enseignées au collège seront invitées, dans leur champ, à venir à la
rencontre du corps en mouvement.

A côté de la comédie musicale du 450e en avril prochain et la mise sur pied d'un prix
littéraire, cette résidence-danse, qui nous permettra de suivre une création du
commencement à son terme sera la grande affaire de l'année 2009 à de Saussure.
Je remercie Patricia Mancino Conforti, dont l'intérêt concret pour la danse et le sens
pédagogique inimitable permettront à de Saussure de se mettre en mouvement, d'avoir
accepté d'être la coordinatrice du projet.

Septembre 2008
Marie-Claude Sawerschel
directrice